INVITATION

 

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Un coup d'arrêt pour mieux renaître ?

Après une année où les portes étaient restées fermées fautes de moyens,

la Comédie italienne avait rouvert au printemps.

Mais voilà qu'elle ferme à nouveau, toujours tristement désargentée. Les épreuves se sont accumulées sur le petit théâtre que dirige Attilio Maggiulli rue de la Gaîté.

Le 26 décembre 2015, déçu par François Hollande qui lui avait promis d'aider cette salle vouée à Arlequin et n'avait pas tenu parole, Maggiulli avait jeté sa voiture contre les grilles de l'Elysée.

Magnifique geste dadaïste ! Mais la police, au lieu d'applaudir, envoya l'audacieux à Sainte-Anne ; il en en ressortit encore plus pauvre mais inchangé, toujours décidé à incarner la farce italienne en plein Paris.

Il se résigna pourtant à fermer la maison et put la remettre en marche grâce à la solidarité d'amis et de mécènes. Mais, cette fois, la coupe est pleine. Ou, plutôt, elle est vide. Le financier Bolloré avait laissé entendre qu'il donnerait un coup de main, mais l'on n'a rien vu venir.

Les acteurs de la troupe, qui étaient passés ces derniers temps de huit à six comédiens, ont joué dans la rue la parade " Les acteurs italiens chassés de l'hôtel de Bourgogne en 1697 ", en référence à l'élimination des baladins transalpins par le pouvoir de Louis XIV qui n'avait pas aimé une pièce satirique visant la pruderie de Madame de Maintenon.

La salle est désormais à louer pour des événements à caractère culturel : le premier loueur est Daniel Mesguich, qui va y donner des cours. Pour Maggiulli, directeur et aussi propriétaire d'une partie des murs, la situation est provisoire. Il pense que les locations, sur la durée d'une saison, pourraient lui permettre de payer ses dettes et de financer de nouvelles productions.

" Bien des gens s'intéressaient à nous autrefois : Cartier-Bresson, Beckett, les grands critiques, dit-il. J'ai eu la chance de travailler avec des gens du monde culturel qui pensaient autrement que maintenant. Jusqu'à Jack Lang et Abirached, ça allait. Même récemment, Christophe Girard, à la mairie du Paris, a été attentif. Il reste des intellectuels et des journalistes avec nous : Jean Baudrillard, Armelle Héliot... Mais les responsables d'aujourd'hui ne comprennent pas ce qu'Ariane Mnouchkine a très bien montré : le théâtre a besoin de troupes, repose sur les troupes, ce qui ne correspond aux tempos productifs du système actuel.

On a vécu de façon franciscaine, mais on n'a même plus cet argent-là ! Ce qui me navre aussi, c'est l'absence de solidarité des institutions italiennes et des Italiens de Paris. On dispense un art, une technique de jeu uniques au monde. " Maggiulli, Hélène Lestrade, la " diva " de la troupe, et les autres interprètes sont persuadés que leur renaissance est à portée de main. Maggiulli, qui vient de Naples, croit aux grigris, aux talismans. Du temps où il avait ouvert une antenne de jeu italien à New York - c'était en 1983 -, un chasseur de l'hôtel Waldorf lui avait donné un mouchoir oublié vingt ans plus tôt par Marilyn Monroe. Maggiulli le garde avec lui, sûr que la chance est là, blottie dans ce petit carré de tissu brodé.

16 novembre 2017 - Gilles Costaz

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La Comédie Italienne,

malgré le soutien de nombreux spectateurs que nous remercions, n'a, hélas, pas les moyens de produire de nouveaux spectacles pour cette saison.

Le lieu est donc disponible d'octobre 2017 à juillet 2018 pour accueillir des troupes de théâtre, séminaires, conférences, évènements etc...

(pas sérieux s'abstenir)

Renseignements au 01-43-21-22-22 de 13h à 19h du lundi au vendredi

Pas de coproduction, pas de % sur les recettes, les prix sont hors TVA

 

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Article leparisien.fr --- Elodie Soulié

Pour éviter la saisie et espérer remonter un spectacle, le petit théâtre de Montparnasse, dédié à la Commedia dell Arte, tente une ultime solution : louer la salle pour des événements.

" Malgré le soutien de nombreux spectateurs que nous remercions, la Comédie Italienne n'a hélas pas les moyens de produire de nouveaux spectacles pour cette saison. Le lieu est donc disponible d'octobre 2017 à juillet 2018…

" L'affiche couvre un pan de façade comme un dernier SOS. Finita, la commedia ? Les masques pleurent et le décor s'ennuie, derrière la façade bleue baroque de la rue de la Gaité (XIVe), où depuis près de 6 mois la Comédie Italienne a baissé le rideau. Et déjà c'était presque un miracle, pour le dernier théâtre entièrement voué à la Commedia dell'Arte, le théâtre populaire à l'italienne que fait vivre la petite salle depuis 43 ans.

Empêtré depuis 3 ans dans une spirale de dettes, tandis que ses subventions rétrécissaient comme peau de chagrin (lire ci-dessous), le fantasque directeur et metteur en scène Attilio Maggiuli et sa troupe s'efforcent de repousser une épée de Damoclès qui se fait de plus en plus lourde : propriétaire des murs de cet ancien poste de police transformé en 1974 en boîte à surprises baroque et colorée, le trublion peine à assumer l'addition " bail + entretien + fonctionnement + production "…

Résultat, faute d'argent, le lieu a dû être hypothéqué en 2014, et depuis lors Arlequin marche sur le fil du rasoir. Repoussant l'agonie chaque fois in extremis, le plus souvent grâce au sursaut de mécènes et d'amoureux du théâtre traditionnel.

Le théâtre avait néanmoins dû fermer en avril 2016. " Nous avons fait une grande vente de costumes et pu rouvrir en novembre grâce aux dons des gens qui nous aiment, et à des aides extérieures ", raconte Claudine Durand-Simon, le bras droit d'Attilio Maggiuli. Critiques enthousiastes aux " Délices du baiser ", salle remplie, " on a tenu jusqu'en mai ". Et la troupe ne se résigne pas, " Il faut assurer la pérennité de ce théâtre, la banque s'est toujours montrée compréhensive, mais ça ne durera pas éternellement, on a si peur d'être saisis… ", soupire Claudine.

Cette affiche qu'ont vu apparaître les passants de la rue des théâtres, ainsi qu'est souvent désignée la rue de la Gaîté, c'est la dernière idée de la troupe pour essayer de renflouer le bateau : louer ponctuellement la salle de 96 places. Pour des spectacles ou " des séminaires, des événements, des conférences etc. ", suggère Claudine Durand-Simon. " Cela nous fait si mal de ne pouvoir présenter un spectacle cette année ! Mal pour nos spectateurs, pour tous ceux qui nous aident, pour cette troupe… Si cette solution marche, on espère pouvoir remonter un spectacle pour la fin 2018 ".

Avis aux amateurs de lieux " atypiques " et " idéalement situés ", comme le présenterait un bon agent d'événementiel, pour vos séminaires contactez le 01.43.21.22.22, du lundi au vendredi.

La maire du XIVe " ouverte à une rencontre " Pas facile d'obtenir les bonnes grâces de l'Etat après un geste de désespoir comme celui qui avait conduit Maggiuli à précipiter sa voiture contre les grilles… de l'Elysée, en décembre 2013. L'affaire l'avait conduit en psychiatrie et surtout privé de l'aide financière du ministère de la Culture, tombée à l'époque de 30 000 € à 5 000 €. Depuis, les autres subventions, notamment de la Région et de la Ville, ont subsisté mais fondu. Celle de la ville notamment, passée à 7 000 €.

Officiellement, c'est une question de " cahier des charges ", auquel le théâtre ne répond pas : " On nous reproche par exemple notre spécificité, de n'être pas assez dans la diversité, d'être obsolète et de ne pas faire tourner plusieurs spectacles ", explique l'adjointe du directeur. " Mais nous sommes un théâtre de troupe, avec un répertoire spécifique ! " Mais surtout le théâtre se sent délaissé par la mairie du XIVe. " La Comédie n'est pas citée dans ses publications… " lâche Claudine avec amertume.

" C'est faux " s'agace la maire PS Carine Petit. " C'est même nous qui avons demandé à la Ville de maintenir la subvention une année de plus, et appuyé ses demandes à la Région ! Nous sommes attachés à toutes les salles de spectacle, mais ce n'est pas à la mairie toute seule de porter ce théâtre, et encore faut-il être sollicités… " Carine Petit se dit " ouverte à une rencontre " et propose " une table ronde pour parler de l'évolution du lieu, que l'on peut accompagner dans ses projets ".